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Psycho

Entre abus et consentement : un no man’s land

Laurence Moniotte
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Cet article s’adresse aux femmes autant qu’aux hommes, même s’il touche le sujet délicat de l’abus  dont les femmes semblent encore aujourd’hui être plus souvent victimes que les hommes.  

Selon plusieurs études de l’ONE, Amnesty International et d’autres structures similaires, une femme  sur trois a connu ou connaitra une forme de harcèlement sexuel dans sa vie. 

Je ne sais pas pour vous,  mais pour moi, cette statistique me semble encore éloignée de la réalité… Je ne connais pas une seule  femme dans mon entourage qui n’ait eu à subir un geste intrusif ou une parole déplacée, de par le  simple fait de son sexe. 

Entendons-nous bien, je ne cherche pas à victimiser qui que ce soit ici, mais plutôt à poser le constat  selon lequel être une femme nous expose à une série de comportements plus ou moins déplacés.  

J’ai toujours aimé à penser en voyant des petites filles taper du pied avec fermeté, s’exprimer avec  ferveur et refuser d’obtempérer que c’était une bonne chose pour leur future vie de femme en  devenir. A travers mon vécu et mes expériences, de jeune fille et de jeune femme, je voyais dans  cette affirmation de soi une possible protection contre l’attitude de certains hommes, une capacité  à recadrer des comportements qui ne respecteraient pas leur intégrité. Et pourtant… 

Pourvue moi-même, dès mon plus jeune âge, de ce caractère très affirmé, j’ai malgré tout été  confrontée à des situations où le « non » n’a pas pu franchir le seuil de mes lèvres. 

J’ai eu peur, je me suis tue et je me suis jugée… 

Avez-vous déjà entendu votre voix intérieure ? Certains l’appellent intuition, d’autres la nommeront vibration ou sensation. Vous savez cette voix qui vous souffle à l’oreille Méfie-toi, fais attention,  prends garde. Ce moment où vous avez eu un pressentiment, et que malheureusement, vous ne  l’avez pas écouté pour une série de « bonnes » raisons. 

Ces situations m’ont hantée pendant des années. Comment cela avait-il pu m’arriver à moi ?  Comment avais-je pu subir sans rien dire ? Et pourquoi ne pas avoir exprimé mon inconfort ? Ce  « non » qui ne sort pas de notre bouche, c’est à nous et nos besoins que nous l’infligeons. C’est ainsi  que nous pouvons devenir sournoisement notre pire ennemi.  

Bien évidemment, il y a des situations terribles de viol où le consentement a sciemment été bafoué  en toute connaissance de cause, mais il y par ailleurs un no man's land où la question n’a pas été  posée ou parce que nous avions dit oui à certaines choses, nous avons la sensation de ne pas pouvoir  faire marche à arrière, ou l’autre oublie de valider à nouveau, porté par l’implicite de la situation… Il  n’y a pas nécessairement de victime et de bourreau dans ces histoires, même si elles peuvent  marquer à jamais les existences… 

Combien de femmes au sein de leur propre couple se sont senties  « contraintes » de répondre à la demande pressante de leur partenaire, sans qu’il y ait eu une réelle  obligation ou un réel accord ? 

Combien de fois nous nous sommes empêché(e)s de dire que nous ne  nous sentions pas prêtes ou que cela allait trop vite, trop loin ? 

Combien de fois, en tant que femmes,  nous oublions d’exprimer nos envies, nos désirs, nos besoins et nos limites, que ce soit au sein d’une relation conventionnelle ou lors d’une aventure avec un amant ?

Ce no man’s land existe notamment de par le fait de notre éducation, ou devrais-je dire de par l’absence d’éducation. 

Fille comme garçon, nous n’avons que de très rares occasions d’aborder la  question du consentement à l’école et au sein de nos familles. Aujourd’hui, hormis l’évocation  approximative des rapports sexuels et surtout de la contraception, l’apprentissage de tout ce qui  devrait se passer avant dans le dialogue, le respect et le non-jugement, semble cruellement absent  de l’éducation des enfants. Pire encore, la société tend à nous apprendre à nous conformer, à ne pas  poser trop de questions et à taire notre esprit critique… Ajoutez à cela l’image biaisée du corps sublimé de la femme dans les publicités, les films et la pornographie. 

Dans ces conditions, il est peu  aisé pour une jeune-fille, qui découvre son corps et sa capacité de séduction avec tous les doutes  que cela implique, d’être assez ancrée pour dire « oui » ou « non » en pleine connaissance de causes,  et surtout de s’y tenir lorsque la pression monte… Difficile également pour le jeune garçon de valider  à chaque instant avec sa partenaire que la situation est pleinement consentie, au risque de se voir refuser ce qu’il désire ardemment. 

Cette capacité à consentir ou à refuser s’acquiert dès le plus jeune âge. 

Il est primordial de ne jamais  contraindre physiquement ou moralement un jeune enfant à quelque chose qu’il ne souhaite pas, et  de lui apprendre qu’il a le droit de refuser des choses aussi banales à nos yeux qu’un câlin ou un  bisou. 

Dans mon histoire, la jeune femme avait malheureusement été trop souvent contrainte, enfant, par un médecin trop peu patient pour une prise de sang, ou par une prof de gym peu  bienveillante, m’attrapant d’un pied pour me faire exécuter de force une figure de poirier … 

Ces  nombreux actes inconscients d’adultes, aux conséquences peu visibles, m’ont ainsi conditionnée à  me retrouver incapable de dire « non » dans certaines situations.  

En effet, la question du consentement est bien plus complexe qu’il n’y parait. 

Il ne s’agit pas  « simplement » de dire « oui » ou « non ». Il s’agit aussi et surtout de ne laisser aucune place au doute  pour mieux comprendre l’étendue d’un « oui » ou « non », et plus encore d’éviter de se baser  uniquement sur une impression, un regard, un ressenti… Car non, l’absence de réactions physiques  ou verbales ne signifie pas qu’il y a accord. « Qui ne dit mot, consent » est une phrase inappropriée  dans certains contextes, lourde de conséquences. D’ailleurs, certaines personnes se retrouveront  dans un état de dissociation dès lors qu’elles auront été confrontées à une situation inattendue  qu’elle n’arrivent pas/plus à gérer. 

Bien que présentes corporellement, leur esprit se sera, lui,  absenté pour assurer sa survie. Il s’agit d’un mécanisme normal. Et, je peux vous dire que le réveil est  brutal. Le risque est grand de blesser l’autre au plus profond de son être, et si tel est le cas, personne  n’en ressort indemne. 

Le sexe, s’il peut (devrait sans doute) être désacralisé, s’il peut être un échange  léger et agréable, implique malgré tout plus que la simple dimension du corps. Une part non  négligeable de notre psychique s’anime à travers cet acte, qu’on le veuille ou non. Mieux vaut donc  savoir y goûter avec consentement, sans interprétation ni doute. 

Ainsi, pour vivre sereinement ce genre de situation, pas de recette magique, juste une attention  accrue à garder en tant que femme et en tant qu’homme, en tant qu’adultes et parents responsables  d’enfants, à la notion fragile du consentement, et ce à travers un dialogue constant :

• Avec quoi suis-je OK ? Avec quoi ne suis-je pas OK ? 

• Cela peut être oui à certaines choses et non à d’autres 

• Cela peut être oui maintenant et non plus tard 

• L’absence de réaction doit être un signal d’alerte qui vous invite à valider avec l’autre son  consentement explicite 

• Nous avons le droit de changer d’avis à tout moment

• Nous avons le droit de refuser à tout moment. 

Ainsi, si l’un propose, l’autre dispose… Il n’y a pas victime ni de bourreau. Il y a des zones de  responsabilités et des actes en conscience. Tel un tango, si l’un guide, l’autre doit être  indéniablement prêt à lâcher prise et se laisser guider, car s’il résiste impossible de cheminer, danser  et prendre du plaisir. 

Le jeu en vaut certainement la chandelle, n’est-ce pas ? 

Pour expliquer à tout âge le consentement, je vous partage cette vidéo intéressante de la métaphore  de la tasse thé : https://www.youtube.com/watch?v=S-50iVx_yxU

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Laurence MONIOTTE 

Life & Trainer Coach

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