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Divorce & Séparation
Légal

Quelles sont les différences entre la conciliation et la médiation ?

Stephanie Degrave
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Lorsque l’on se sépare et que l’on souhaite éviter des procédures devant un Tribunal, on nous conseille souvent de trouver un accord par le biais d’une conciliation ou d’une médiation. 

Les procédures judiciaires sont en effet longues et coûteuses, et leur résultat est en outre incertain. Par ailleurs, ces procédures placent les partenaires qui se séparent dans une dualité conflictuelle qui appauvrit très souvent la relation parentale appelée à subsister au-delà de la séparation. Il est donc conseillé, si la démarche est psychologiquement possible pour les partenaires, de ne recourir à la procédure judiciaire qu’en cas d’impossibilité à parvenir à une solution négociée.

Une médiation ne doit pas être confondue avec une négociation, bien que nous soyons tous enclins à le penser sans comprendre réellement les différences qui existent entre elles. Nous verrons dans un autre article en quoi la comédiation apporte encore un « plus » par rapport à la médiation.

Conciliation et médiation

Quand un être humain est confronté à une difficulté (par exemple, une séparation et les conséquences que cela implique), il voit immédiatement les solutions qui pourraient y être apportées. C’est un réflexe sain et naturel. Le conflit surgit lorsque les deux personnes qui se séparent n’ont pas la même vision des solutions à apporter. 

Ainsi, on pourrait imaginer métaphoriquement, dans un couple qui se sépare, que face à cette séparation, chacune imagine une solution. Si A souhaite que la solution à adopter soit une pomme et que B souhaite que ce soit une poire, naît un conflit qui devra être résolu.

La négociation

Dans ces situations, on a naturellement tendance à vouloir opter pour une négociation, c’est-à-dire à entrer dans une discussion où A et B vont chacun tenter de démontrer à l’autre que « leur solution » est la meilleure et que celle de l’autre doit être abandonnée, pour tenter d’arriver au mieux à un compromis acceptable.

Une négociation est en effet un processus qui permet à deux personnes en conflit de trouver un compromis, à la faveur de concessions réciproques, selon des techniques que nous pouvons plutôt qualifier de « compétitives ».

Dans ce type de processus, on cherche surtout à imposer ses critères à l’autre, plutôt que de prendre en compte les critères de l’autre et de tenter ensuite de trouver une solution commune.  

On a tendance à utiliser des menaces, des arguments multiples, des accusations, des intimidations, et on limite au maximum les informations que l’on donne par rapport à nous souhaitons réellement, préférant souvent partir d’une demande « maximale et exagérée » pour finalement obtenir quelque chose proche de ce que l’on souhaite.

Ainsi, si A veut obtenir pomme mais que B veut avoir une poire, A et B vont discuter pour tenter d’imposer chacun leur solution, pour convaincre l’autre du bien-fondé de leur position, pour faire peur à l’autre, pour l’intimider afin qu’il cède. Ils finiront par trouver un compromis entre une pomme et une poire, sans doute une compote pomme/poire. 

Selon la force de persuasion de l’un ou de l’autre, le compromis obtenu sera une compote à tendance majoritaire de pommes ou de poires. Mais dans les deux cas, il y a de fortes chances que tant A et B soient frustrés puisque A n’aura pas obtenu une pomme et que B n’aura pas eu sa poire. 

En outre, dans ce type de discussions, aucune partie n’écoute en réalité l’autre ou ne tente de comprendre son point de vue. Ce que l’autre dit est uniquement entendu pour « préparer sa réponse ». Pendant que l’autre est en train de parler, on ne l’écoute pas mais on est occupé à imaginer ce que l’on va lui répondre, comment l’on va déconstruire son argumentation, et comment l’on va ensuite lui démontrer que l’on a raison ; et vice versa. Le dialogue auquel on aboutit est donc généralement un dialogue de sourds où seule compte la force de persuasion. On pourrait représenter une négociation par une sorte de bras de fer entre les deux protagonistes.

Les émotions des parties sont par ailleurs rarement entendues par l’autre, et a fortiori peu ou pas reconnues -voire même ces émotions ne sont même pas explicitement verbalisées. Ceci rend impossible la compréhension de ce qui est réellement important pour l’autre et donc toute recherche d’une solution qui pourrait convenir aux deux parties, quoiqu’elle puisse être différente de que ce qui avait été imaginé par elles au départ.

En matière familiale, une négociation « type » pourrait se traduire par l’exemple suivant.

Marie et Charles se séparent. Ils ont deux enfants (Alix, 6 ans et Jules, 1 an) et ne parviennent pas à s’entendre sur les modalités d’hébergement de ceux-ci. Marie souhaite en effet héberger les enfants à titre principal –Charles les ayant un week-end sur deux et éventuellement le mercredi- ; tandis que Charles tient absolument à les héberger une semaine sur deux.

Dans le cadre d’une négociation, Marie et Charles devraient trouver un compromis entre leurs positions respectives. Selon la force de persuasion de leurs avocats, de leurs intransigeances, de la fragilité personnelle des parties, l’une va plus céder que l’autre. A cela vont s’ajouter les émotions ressenties par chacun qui, quoiqu’étrangères aux enfants, et non exprimées dans la négociation, seront bien présentes à l’esprit des ex-partenaires au moment où ils négocient. 

Dans notre exemple, Charles se sent un peu coupable d’avoir quitté Marie pour une autre femme alors que Jules était encore petit ; il a par ailleurs lui-même été fragilisé par le divorce « à couteaux  serrés » de ses propres parents lorsqu’il était enfant. De son côté, Marie est très blessée par l’abandon de Charles et humiliée qu’il soit parti avec une autre femme, au point que cette souffrance l’empêche de faire la moindre concession. 

 

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Compte tenu des paramètres, cette négociation risque très probablement d’aboutir à un résultat où Marie « gagnera » plus que Charles en ce qu’elle aura les enfants la majorité du temps –puisque sa position est plus « forte »-, tandis que Charles, de son côté, ne pourra pas les héberger une semaine sur deux. Même si Marie obtient ce qu’elle souhaite, sa souffrance n’en sera pas moindre pour autant et il est fort probable qu’elle ne puisse même pas reconnaître les concessions faites par Charles. 

Quant à Charles, il aura le sentiment d’avoir fait une concession importante, sans doute dans l’espoir d’apaiser la situation –qui ne sera toutefois nullement améliorée par ce geste-, et il risque fort dans l’avenir, par réflexe, de « se braquer » sur des petites choses qui au quotidien finiront par détruire encore plus leurs relations parentales.

En réalité, ce qui pose souci dans cette manière de régler le conflit, c’est que les deux parties sont sur « position », c’est-à-dire que, confrontées à une difficulté (dans notre exemple, l’hébergement des enfants), elles imaginent une solution (pour Marie, un hébergement principal ; pour Charles, un hébergement égalitaire) qu’elles voient comme la seule et unique possibilité de résoudre la difficulté qu’elles rencontrent. 

La médiation

La médiation présente cet avantage qui est absent dans une négociation. Elle va en effet  amener les parties à se distancer de leurs positions, de leurs solutions de départ, pour les inviter à réfléchir sur ce qui se cache derrière celles-ci.

Ainsi, si on reprend l’exemple de Charles et Marie, le médiateur va les aider chacun à comprendre et à verbaliser ce qui est important pour eux derrière leurs positions. 

En quoi est-ce important pour Marie d’héberger ses enfants à titre principal ? Marie répondra que Jules est encore fort petit et qu’il est important pour lui d’avoir un contact plus intense avec sa maman ; que pour elle, être séparée une semaine entière de ses enfants est une situation douloureuse, surtout que pour l’instant elle est elle-même fragilisée par la séparation ; qu’elle a besoin d’un peu de temps pour elle et de respect du rythme de Jules, qui est peut-être différent de celui de sa sœur Alix.

Le médiateur interrogera aussi Charles sur ce qui est important pour lui lorsqu’il demande à pouvoir héberger ses enfants une semaine sur deux. Charles répondra que malgré les difficultés de couple qu’il a vécues avec Marie et sa décision de la quitter, il aime ses enfants ; qu’il veut continuer à avoir sa place de père auprès d’eux ; qu’il craint qu’avec la séparation, il ne soit coupé de ses enfants –crainte d’autant plus forte que Jules est encore très petit et qu’il a peur de pas pouvoir instaurer une véritable relation avec lui s’il ne le voit pas.

Une fois que chacun aura pu exprimer ce qui est important pour lui (que l’on appelle en médiation, « les besoins »), le médiateur va s’assurer que chacun a entendu et compris les besoins de l’autre. Comprendre les besoins de l’autre, ne signifie pas être d’accord avec ceux-ci mais implique simplement d’essayer de se mettre à la place de l’autre pour comprendre la manière dont lui perçoit la situation –même si cette perception est totalement différente de celle que chacun ressent.

Le médiateur va lister, dans deux colonnes (la colonne de Marie et la colonne de Charles), les besoins qui ont été exprimés par chacun et compris par l’autre. 

Il va ensuite les inviter à un exercice de « brainstorming » qui consiste à demander à Charles et à Marie d’imaginer de manière abstraite, sans engagement aucun, différentes pistes de solutions (que l’on appelle en médiation, « les options ») qui pourraient permettre de répondre aux besoins exprimés par chacun d’entre eux. 

Ainsi, il est probable que parmi les options, on retrouve : 

  • un hébergement principal chez Marie mais pour une période limitée –qui lui permettrait d’accuser le coup de la séparation-, à l’issue de laquelle, Charles se verrait reconnaître un hébergement plus important ;
  • des modalités d’hébergement différentes pour Alix et pour Jules qui permettraient de tenir compte de leur rythme et de leurs besoins différents ;
  • des modalités d’hébergement plus ou moins égalitaires mais par petites périodes pour éviter de trop longues séparations avec Marie ;
  • une combinaison de l’une ou de l’autre, ou des trois options émises précédemment ;
  • des modalités d’hébergement où Charles verrait souvent ses enfants, mais sans forcément les héberger la nuit, pour qu’un contact important avec leur maman puisse aussi être maintenu (par exemple, les reprendre certains jours à la crèche et à l’école et les garder jusque 18 heures);

 

(Retrouvez nos vidéos Instagram sur le sujet).

Charles et Marie devront ensuite voir quelle option serait la meilleure pour chacun d’eux afin qu’un accord puisse être trouvé. Ce sont en effet les parties qui trouvent et choisissent la solution à adopter à leur conflit, et non le médiateur qui l’impose.

Cet accord sera un accord « win-win ». Il pourra ensuite être homologué par le Tribunal de la famille, ce qui lui confèrera la même valeur qu’un jugement.

En outre, cette manière de procéder laisse la possibilité aux émotions, qui sont très présentes et exacerbées dans une séparation, d’être exprimées, écoutées, entendues, et comprises ; ce qui conduit nécessairement à un apaisement de la situation, aussi douloureuse fût-elle. 

Elle montre aux personnes qu’au-delà de leurs différends et de leur souffrance, elles sont capables, avec l’aide d’un professionnel, de trouver des accords qui leur conviennent.

La médiation se base dès lors sur les principes de ce que l’on appelle la négociation intégrative ou la négociation raisonnée qui permettent d’aboutir à des accords « win-win » parce que les besoins de chacun ont été rencontrés. Il n’y a plus ici un gagnant et un perdant, mais deux gagnants.

Stéphanie DEGRAVE
Médiatrice familiale agréée et formatrice
Avocate - Avocate formée au droit collaboratif
Accompagnante en parentalité dans les situations de haut conflit
Auteure du livre « Je me sépare : que faire ? », 

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