chevronRetour aux articles
Famille
Amour & Couple

Comment vivre le bouleversement lié à la naissance d’un enfant ?

Copl
[object Object]

Les informations mentionnées dans cet article concernent principalement les couples hétérosexuels et cisgenres mais il existe bien sûr une multiplicité d’expériences en ce qui concerne la grossesse, le post-partum et la parentalité. 

La naissance d’un enfant implique inévitablement des changements au niveau de la dynamique du couple et de la famille. En effet, bien qu’il s’agisse d’un heureux événement, on ne peut nier, dans certaines situations, qu’une naissance bouleverse la relation du couple, l’image corporelle de la mère, la sexualité et bien d’autres éléments.    

Dès lors, comment se préparer de façon optimale à l’arrivée de son bébé ? Quels sont les signes auxquels prêter attention ? Nous avons interviewé, à ce propos, Anne Vingerhoets, sexologue spécialisée en périnatalité, sexualité féminine et thérapie de couple, sage-femme et coach de vie.  

Qu’est-ce qui change à la naissance d’un enfant ? 

La période postnatale implique des changements corporels importants et très rapides. Comme l’explique Anne Vingerhoets, « lors de la grossesse, les changements sont progressifs et le couple a davantage de temps pour s’y habituer. En revanche, juste après l’accouchement, la disparition rapide du ventre rond peut laisser place à une sensation de vide intérieur entraînant des perturbations d’ordre émotionnel. Il faut s’accorder du temps pour réapprendre à s’aimer et à accepter son nouveau corps ». En effet, si les modifications liées à l’image corporelle sont trop importantes, cela peut entraîner une chute de l’estime de soi. La sexologue conseille de ne pas chercher à « redevenir comme avant » puisque de réels changements physiques et psychiques sont liés à la grossesse, l’accouchement et la parentalité. L’idéal est d’adopter un regard neuf. 

Les jeunes mamans vivent également des changements hormonaux rapides qui peuvent causer une instabilité d’humeur. Elles peuvent passer, en quelques instants, du bonheur d’être mamans à un sentiment de mal-être ou de doute, sans véritable clé de compréhension. Parfois, un « baby blues » suit l’accouchement mais cette période sensible ne perdure généralement pas au-delà de quelques jours.  

« Les parents ressentent aussi une fatigue psychique réactionnelle au bouleversement qu’ils vivent. Le bébé devient leur priorité absolue mais ils ne se sentent pas toujours à la hauteur ou ils traversent une période de lassitude liée au constant don de soi », précise Anne Vingerhoets. Prendre du temps pour son couple n’est pas simple car on peut se sentir coupable de ne pas prendre soin de son enfant, même brièvement. Or, cela engendre une importante charge mentale pour les parents qui font passer leurs propres besoins dans un second temps.   

En effet, le couple n’évolue plus dans une relation dyadique mais triadique. Cela nécessite de faire le deuil de la relation exclusive des deux partenaires et d’ébaucher une nouvelle relation. Les parents doivent retrouver un équilibre lié au nouveau membre qui entre dans leur famille. De plus, si le couple imagine la venue du bébé tout au long de la grossesse, la confrontation avec la réalité n’est pas toujours simple et peut amener des doutes et des frustrations.  

Les mamans voient également leur rôle changer. D’abord, elles perdent leur statut de femme enceinte qui attire l’attention et la protection au profit d’une attention redirigée vers le bébé. Ensuite, la fonction sexuelle de leur corps fait place à la fonction maternelle (leur vagin a mis au monde leur bébé, tandis que leurs seins peuvent le nourrir). Cela peut mener à une réelle perte des repères corporels. Enfin, la sexologue mentionne une possible désexualisation de la mère : « On parle du ‘Complexe de la Madone et de la Putain’. Ce complexe est un stéréotype ancré dans les représentations sociales dont le patriarcat est une voie d’explication. La femme en devenant mère, devient une madone intouchable aux yeux du conjoint. Avec ce genre de perceptions, il peut être délicat de réinvestir érotiquement une femme jugée intouchable du fait de son statut de mère ». S’autoriser une flexibilité dans les rôles est une solution pour ne pas rester enfermés dans cette croyance.  

 

Comment se préparer à la naissance d’un enfant ? 

Anne Vingerhoets encourage à « prendre conscience que la naissance d’un bébé est un tremplin pour créer une nouvelle relation et ébaucher sa vie sexuelle avec un regard neuf, basé sur la redécouverte et l’exploration de soi, de l’autre et du couple érotique et amoureux ».  

Les suivis sexologiques en postnatal auront pour intérêt de développer une sexualité ressourçante (et non plus mécanique ou « conventionnelle ») qui placera les rapprochements intimes et sexuels non plus comme une corvée (et donc une charge mentale supplémentaire) mais un espace de ressourcement, de détente et d’énergie positive qui apportera donc un bien-être à soi et au couple.  

Pour ce faire, la sexologue recommande quelques approches et conseils : 

Durant la grossesse, plus la sexualité sera positive, plus le couple aura trouvé les clés pour s’y adapter harmonieusement et plus la vie intime trouvera un équilibre dans le postnatal. Ainsi, l’éducation et la prévention préalables peuvent avoir un réel impact positif.  

Il est essentiel de prendre conscience que le sexe ne se résume pas aux organes sexuels : il existe aussi des aspects émotionnels et affectifs. « Poser l’injonction de ne pas reprendre de rapports sexuels avant 6 semaines et réduire la sexualité à la pénétration vaginale sans autres nuances peuvent impacter la vie sexuelle négativement. En effet, une pénétration vaginale avant ce délai peut induire une infection car la plaie placentaire est toujours présente (sauf si l’on place un préservatif). Toutes les autres formes de sexualité (orale, caresses, tendresse, masturbation, câlins, partage des fantasmes, douche érotique, etc.) n’ont aucun impact négatif sur le corps maternel ou paternel. Ce sont davantage des ingrédients permettant de soutenir le couple sur le plan érotique et d’éviter par la suite la manifestation d’une dysharmonie conjugale ou personnelle ». Cependant, il est essentiel d’être dans une écoute maximale de ses émotions, ses désirs et son rythme personnel ainsi que de respecter le consentement libre, clair, éclairé, actualisé mais aussi enthousiaste de chacun quant au moment et au type d’activités sexuelles à pratiquer.  

L’écoute des sensations corporelles (internes, externes et émotionnelles) ainsi que la rééducation du périnée peuvent être utiles, même sans troubles du fonctionnement, pour retravailler la sensibilité et la conscience corporelle. En effet, les modifications hormonales et corporelles induisent des changements au niveau des points de repère en matière de sensibilité et d’excitation. Cela passe aussi par un travail sur sa sensualité et sa désirabilité (à ses yeux et à ceux de son partenaire) ainsi que l’écoute de ses besoins, désirs et limites. 

Mieux vaut également éviter les injonctions et écouter son propre corps et ses propres besoins. Prendre du temps pour soi, même si c’est plus facile à dire qu’à faire, est indispensable. Prendre le temps de respecter le rythme dont le corps a besoin est tout autant indispensable. En effet, il s’agit d’imaginer que cette période est transitoire et qu’elle nécessite ainsi une sexualité de transition. Le piège est de vouloir à tout prix retrouver son corps et ses sensations « d’avant ». L’acceptation de la redécouverte et de la réinvention sont deux pépites pour l’équilibre et le bien-être sexuel postnatal.   

Il n’est pas rare que le bébé investisse la chambre des parents ou le lit conjugal. Décentraliser l’intimité sexuelle (hors de la chambre, à d’autres moments que le soir…) peut alors être utile. 

L’entourage peut être trop ou trop peu présent. Sensibiliser la famille, les amis, les enfants déjà nés permet à chacun de trouver sa place.  

Enfin, les jeunes papas peuvent se sentir jaloux ou exclus de la relation mère-enfant. De plus, tout comme les mamans, ils peuvent être sujets à la dépression post-partum. Des clés de compréhension et de communication, le partage des responsabilités et l’identification du rôle du coparent en prénatal peuvent aider les jeunes parents.  

À quels signes prêter attention ? 

L’idéal est de trouver un accompagnement avant que des difficultés ne s’installent et s’ancrent pour prévenir les dysfonctions sexuelles et conjugales. Anne Vingerhoets recommande d’être attentif à certains signes qui peuvent alerter les couples, de façon à ne pas laisser un problème s’installer. Elle mentionne, par exemple : 

  • Des plaintes organiques (douleurs…),
  • Une perte de désir ou d’intimité qui perdure et est problématique,
  • Des conflits dans le couple,
  • Un état dépressif,
  • Des difficultés de communication,
  • Une perte de repères au niveau du système familial (est-ce qu’on se sent plus femme, mère, ou compagne ?).

Pour conclure, d’une part, la sexologue encourage les couples à considérer leur relation « comme un jardin à cultiver. On peut observer quels outils et ingrédients sont positifs et à valoriser et quels sont les éléments nuisibles à minimiser autant que possible ». D’autre part, elle encourage les couples à ne pas attendre que les problèmes s’installent mais à chercher une guidance en guise de prévention.  

Plus de conseils sur le couple dans ces articles :  

Envie de parler à notre personne de confiance, de découvrir les experts Copl ou de ne rien manquer de notre actualité ? N’hésitez pas à vous inscrire à notre plateforme et/ou à notre newsletter

Vous avez une question spécifique à ce sujet ?

Posez-la nous gratuitement et nous reviendrons vers vous avec une réponse au plus vite. 

Vous avez une question spécifique à ce sujet ?
Recevez directement nos meilleurs conseils dans votre boite mail
preload
Une question vous démange ? Contactez-nous en envoyant votre question sur ✉️ conseil@copl.be