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Divorce & Séparation
Famille

Comment annoncer votre séparation aux enfants ?

Delphine Remy
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Après des mois de discussions, d’essais, de déceptions, peut-être de crises, vous en êtes venus à la conclusion de vous séparer. Vous êtes prêts. Le couple marital n’est déjà plus, mais ce n’est pas pour autant que le couple parental n’existe plus. Vous resterez à jamais les parents de vos enfants. Et pour se sentir en sécurité dans les moments fragiles qui vont suivre, ils auront besoin de leurs deux parents, solides, alignés et solidaires dans le changement.

Il n’y a pas de remède à la tristesse

« Je veux réussir ma séparation et éviter toute souffrance à mes enfants ». Autant vous dire que ce que vous souhaitez est une illusion. C’est impossible. Une séparation est une perte génératrice de changements. Cette perte de relation aura un impact dans la vie émotionnelle et pratique de chacun. 

Même lorsque l’on parle de séparation « réussie » ; c’est-à-dire quand les deux parents s’entendent suffisamment bien que pour s’écouter, se parler et régler ce qui doit l’être entre adultes, sans faire peser outre mesure le poids de celle-ci sur leurs enfants ; il n’y a pas de séparation sans tristesse, sans incompréhension, sans sentiment d’injustice, sans colère… parce qu’une séparation reste une perte, un échec relationnel, un moment où nous conscientisons que les liens que nous avons pris du temps à construire, que nous croyions forts, sécures, peuvent aussi devenir fragiles et se distancier… et c’est triste. 

Pour vous, pour eux. Et vous et vos enfants allez les ressentir ces émotions. Alors préparez-vous et prenez soin de vous pour les accueillir pour ce qu’elles sont des messages du corps destinés à nous orienter pour revenir à l’équilibre, à l’apaisement.

L’annonce aux enfants et la courbe du deuil

Gardez à l’esprit que cette décision de séparation, vous l’avez déjà mûrement réfléchie. Peut-être même vous êtes-vous fait accompagner pour arriver à la conscientiser, à l’élaborer, à vous le dire et à l’accepter mutuellement même si vous ne l’avez pas choisie.

Vous avez donc une longueur d’avance sur vos enfants. Vous avez déjà avancé dans la courbe du changement, dans la courbe du deuil. Mais lorsque vous allez leur annoncer, pour vos enfants, c’est le jour 1 et c’est un choc. Et face au choc, nous réagissons tous différemment.

Même si souvent c’était déjà dans l’air vu le climat ambiant à la maison depuis un temps, cela reste une nouvelle qui va ébranler leur quotidien, leur univers, leur mode de vie, leur représentation de la famille, leur sécurité… leur certitude. 

C’est l’inconnu qui s’ouvre et l’inconnu, ça fait peur. Et face à la peur va se déployer toute une série de comportements que vous aurez parfois du mal à comprendre et qui vont s’ajouter à tout ce que vous vivez déjà vous-même. Soyez prévenus et patients, et surtout prenez extrêmement bien soin de vous pour avoir suffisamment de recul afin de faire face à tout ce qui va vous arriver, leur arriver.

 

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Parce que comme vous, ils vont devoir passer lentement, à leur rythme par toutes les étapes. Et cela prend parfois des années. Souvent, les parents amènent au cabinet des enfants 2 ans après la séparation pour des comportements liés aux apprentissages ou aux relations à l’école ou parce qu’un parent n’en peut plus des comportements inadaptés de l’enfant. Ce qui peut rapidement se dire ou se sentir, c’est la tristesse liée à la séparation, aux disputes parentales et tous les changements d’organisation qui en ont découlés. 

Le deuil est en cours, l’acception en chemin mais le passage dépressif n’est peut-être pas loin. Il s’en défend en in – du trop (réaction intense, boulimie, colères, violences…) ou en out – du pas assez (tristesses intenses inexpliquées parfois inquiétantes, retrait social, il s’isole, s’évade dans les livres, ne mange plus, n’a plus d’amis, dénigre ou rejette tout en bloc…) et nous ne faisons pas toujours le lien entre ces émotions et comportements et la séparation qui a eu lieu il y a un temps déjà.

L’annonce, une réalité difficile, à partager en douceur

Ce moment est souvent un moment de tension pour des parents déjà en période de fragilité mais soucieux du bien-être de leurs enfants. Voici quelques lignes qui vous aideront lors de ce passage difficile :

  • Alignez-vous avant : Plus vous serez au clair avec vous-même et votre conjoint sur les raisons de la séparation et les émotions dans laquelle celles-ci vous plongent encore, plus vous pourrez trouver le contenu et la forme adéquats pour faire passer le message avec un corps qui envoie des messages confiants, rassurants plutôt que stressants.
     
  • Créer un cadre sécure et doux pour l’annonce : Privilégiez un moment doux où vous aurez le temps, et préparez avec l’autre l’essentiel du contenu de ce qui va être dit. Soyez alignés sur la trame de base, de quoi ne pas perdre le fil, s’égarer dans des détails non nécessaires ou entamer un conflit une fois encore devant vos enfants au moment où justement l’émotion sera la plus intense.
     
  • Annoncez leur ensemble : pour qu’ils sentent que malgré la séparation du couple marital, le couple parental reste solide pour eux. Des adultes matures. Nous savons que lorsqu’il y a eu des tensions ce n’est pas évident et vos corps, vos voix, vos regards parleront pour vous, ce qui pourrait créer un certain climat de malaise. Ne l’évitez pas. 

    Pensez même à nommer les tensions. Il n’est pas nécessaire de nommer l’objet de ces tensions, mais dites que vous allez tout faire pour régler ce qui doit l’être entre adultes.
     
  • Dire les choses simplement : plus vous pourrez expliquer les choses simplement avec des mots adaptés à l’âge de vos enfants, plus ce sera clair et rassurant pour eux parce qu’ils sentiront que vous savez ce que vous faites. Dans un moment de déséquilibre c’est sécurisant de savoir que ses parents tiennent la route.
     
  • Communiquer ce qui est déjà décidé mais également ce qui est encore inconnu : Souvent tous les détails pratiques ne sont pas encore décidés mais il est malgré tout temps d’annoncer la séparation. Ce n’est pas grave si vous n’avez pas encore tout organisé. L’inconnu vous fait peur, à eux aussi. Dites simplement où vous en êtes. 

    Par exemple « nous n’avons pas encore décidé qui gardera la maison mais nous y travaillons ensemble et sachez que nous ferons de notre mieux pour vous offrir des lieux de vie agréables. Nous vous donnerons les informations au fur et à mesure et vous pouvez toujours venir nous poser des questions si vous en avez besoin ».
     
  • Eviter de dévaloriser l’autre : il s’est peut-être passé des événements difficiles (violences verbales ou physiques, tromperies, abus en tout genre…), vous souffrez c’est certain, et c’est sans doute ce qui a aussi précipité votre choix de vous séparer. OK. Accueillez où vous en êtes chacun. Ce sont vos histoires d’adultes qui ne concernent pas les enfants. La tentation est grande de diaboliser l’autre « c’est la faute de ton père qui… « c’est à cause de ta mère si… ». Non. 

    Vous êtes adultes et ils vous aiment tous les deux, et ont besoin de vous deux. Même si vous vous sentez victime, trouvez un moyen, quitte à vous faire aider, pour contenir votre haine devant les enfants. Pas toujours facile mais nécessaire pour maintenir un climat serein où les enfants ne se sentent pas obligés de choisir ou de détester l’un de ses parents pour soutenir l’autre. 

    Ils n’ont pas à prendre parti même si vous aimeriez tant en sortir indemne et que ce soit l’autre le mauvais… Vous avez besoin d’amour, vous culpabilisez, vous avez peur… allez travailler sur vos émotions et besoins, sur la conséquence de vos actes et l’image de vous, ce n’est pas à vos enfants à porter ce fardeau. 

    Nous éviterons donc les petites phrases assassines destructrices de l’image de l’autre type « ton père/ta mère est un(e) con(ne) égoïste »  Elles sortent parfois très vite et nos enfants entendent et retiennent tout. Immatures, ils risqueraient de plus de l’utiliser un jour pour se défendre ou obtenir quelque chose (mais oui ils peuvent aussi manipuler sans toujours avoir conscience des conséquences de ce qu’ils enclenchent), ce qui aurait l’effet d’une bombe destructrice d’une relation de bonne entente à distance en construction.
     
  • Restez authentique : A l’inverse, vous n’avez pas non plus à dire ce que vous ne pensez pas. Ne vous forcez pas à dire « Ton père/ta mère est géniale » alors que vous pensez le contraire, tout votre corps l’indiquera de toute façon et vous enverrez des messages contradictoires. 

    Restez alors sobres et exprimez votre ressenti plutôt qu’une accusation ou une fausse parole « Je préfère ne pas parler de cela maintenant. Je suis fâchée sur ce qu’a fait/dit papa/maman, je dois d’abord régler cela avec lui/elle »
     
  • Dégagez vos enfants de toute faute : une séparation d’adultes ne devrait jamais être la faute des enfants. Pourtant ils le croient parfois. Dégagez-les de toute « faute ». « Nous nous séparons, c’est notre choix et cela n’a rien à voir avec vous. Vous n’avez rien fait, rien dit qui aurait entraîné notre séparation. Nous vous aimons tous les deux comme vous êtes ».
     
  • Accueillir ce qui vient : une fois l’annonce faites, restez ouverts et accueillez ce qui vient. Nous serons parfois étonnés de leurs réactions. Nous nous attendions au drame et puis la grande explose « enfin, on le savait depuis longtemps » elle semble presque soulagée. Le petit lui fait semblant de rien, il reste silencieux. Il est figé, terrifié peut-être, c’est un choc quand même mais il ne montre rien. Observez, verbalisez ce que vous voyez mais ne poussez pas. Attendez. Respectez son rythme. « je vois que tu ne dis rien, je ne sais pas trop ce dont tu aurais besoin pour l’instant mais sache je suis là pour toi ».
     
  • Laissez-leur le temps et restez ouverts : Laissez ouvert sans insister. Proposez-leur de venir vous voir s’ils ont des questions. Là aussi restez sereins, vous risquez d’être étonnés parce que oui parfois avant de sentir la tristesse, il y aura peut-être un mélange d’autres émotions, déceptions, colères, amertumes… ils y verront peut-être même d’abord le positif avec tout ce qu’ils pourront gagner de cette situation : des cadeaux d’anniversaire en double, des vacances en double, des nouveaux petits frères, un lit de princesse dans un nouvel appartement… Vous serez peut-être choqués parce que vous, vous êtes ailleurs, peut-être même encore dans l’effondrement ou la colère. Ca c’est vous, pas eux. 

    Accueillez ce qui est. C’est là où ils en sont. Plus tard peut-être d’autres besoins et émotions viendront crier. Parfois bien plus tard. C’est parfois des années plus tard, quand les systèmes sont enfin apaisés et stables à nouveaux, que l’émotion trouve le chemin et peut enfin s’exprimer. 

    Nous sommes alors étonnés parce qu’elles s’expriment seulement maintenant que « tout va bien ». C’est justement pour cela, le choc est passé, la situation s’apaise, ils peuvent laissez place à la tristesse en sécurité (voir la courbe du deuil plus haut). Restez le cœur ouvert. Vous serez prêts à l’accueillir.

 

Je terminerai cet article par ces quelques lignes indicatives mais sachez qu’il n’y a pas d’idéal. Il y a votre famille, vos émotions et votre conscience. Si votre cœur est ouvert et orienté vers le bien de chacun et de la situation, ce moment difficile devrait se passer en douceur. Pleurez si vous le ressentez, riez si vous le ressentez, passez de l’un à l’autre, soyez qui vous êtes le plus authentiquement possible, c’est le plus cadeau que vous pourrez faire à vos enfants.

« Vous avez peut-être sentis des tensions entre nous depuis quelques temps et encore un peu aujourd’hui. Nous avons finalement pris la décision de nous séparer parce que nous n’arrivons plus à nous accorder, nous ne sommes plus d’accord entre nous et ne nous aimons plus assez forts pour continuer comme mari et femme. Nous n’avons pas encore tous les détails pratiques mais ce qui est certain c’est que papa et moi/maman et moi allons tout faire pour que tout se mette en place le mieux possible pour chacun. 

Cette séparation c’est notre décision et il n’y a rien que vous ayez fait ou dit qui a entrainé cette séparation. Ce n’est la faute d’aucun de vous. C’est juste papa et maman qui ne s’aiment plus assez fort. Mais sachez que quoi qu’il arrive nous resterons à jamais vos parents et vous aimons très forts. 

Est-ce que vous voulez dire quelque chose ? … Sachez que vous pouvez toujours venir nous voir plus tard si vous avez des questions ou si vous êtes tristes, en colère, que vous avez peur ou avez besoin de détails pratiques, nous serons toujours là pour vous ».

Avec beaucoup de douceur, prenez soin de vous.

Delphine Remy

Psychothérapie 

Auteur du livre « Etre un parent bienveillant » aux éditions Eyrolles. 

Retrouvez notre vidéo Instagram avec Delphine Remy sur "Comment annoncer le divorce à vos enfants?"

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